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Une référence en environnement

La rivière creuse dans l’histoire

9 novembre 2020

Un peu d’histoire…

Si les noms Logan, Albert et McGerrigle sonnent des cloches, c’est que vous êtes probablement familiers avec les montagnes du même nom dans l’assemblage montagneux des Chic-Chocs (les monts Chic-Chocs sont simplement le nom donné à la série de montagnes qui constitue les Appalaches dans la portion gaspésienne).

Ces scientifiques, William Edmond Logan et Harold William McGerrigle sont d’importants contributeurs pour la Geological Survey of Canada et la description du sous-sol gaspésien. Quant au mont Albert, c’est en l’honneur d’Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, n’étant pas un scientifique mais bien l’époux de la reine Victoria, que le géologue Alexander Murray, ayant fait l’ascension de cette montagne le premier, la nomma en l’honneur d’Albert.

Leurs collègues géologues et paléontologues, tels que John Mason Clarke, Charles Schuchert, Marland P. Billings et Stuart Alvord Northrop (entre autres) ont aussi grandement contribué à la description du sous-sol de la région. Tous ces scientifiques sont en fait des pionniers de la description géologique et paléontologique de la région durant le 19e et le 20e siècle. Ils ont pondu rapports, articles et compilations nous permettant de recenser certains sites particulièrement importants pour la géologie et la paléontologie. Encore aujourd’hui, le fameux ouvrage Geology of Canada est encore utilisé comme une base en géologie régionale (téléchargement gratuit). À titre indicatif, dans cette oeuvre, le Rocher Percé était encore décrit comme ayant deux trous.

Le Rocher-Percé en 2020.

Les aventures de ces scientifiques se sont avérées difficiles, voire extrêmes. En effet, au milieu du 19e siècle et au début du 20e siècle, c’était une Gaspésie plus sauvage qui jonchait la péninsule (ce n’est qu’à la fin des années 1920 que la “King’s Road” (la route 132) fut établie carrossable pour les automobiles de l’époque). Ce n’était pas non plus l’époque des véhicules tout-terrain et des gros pick-up. Donc, seule une poignée de scientifiques qui sillonnaient plusieurs milliers de kilomètres avec des moyens rudimentaires. L’un de ces moyens était le canot.

Les rivières : un allié inestimable

Le territoire de la Gaspésie regorge d’importantes rivières. Celles-ci tirent leur eau des montagnes situées au cœur des Appalaches, dans les Chic-Chocs (Appalaches gaspésiennes). Puisque les montagnes des Appalaches sont apparues il y a plusieurs centaines de millions d’années avant aujourd’hui, il est clair que les rivières qui sillonnent les vallées ne datent pas d’hier.

Ces rivières, grâce aux courants continus générés par l’eau qui coule, creusent dans le sol et dans la roche : c’est l’érosion par l’eau. C’est grâce à cette érosion sur plusieurs millénaires qu’aujourd’hui, à quelques endroits sur les rivières, on peut apercevoir la roche mise à nu. En Gaspésie, cette roche peut contenir de précieux artefacts paléontologiques.

Comme de fait, les scientifiques précédemment mentionnés ont sillonné la plupart de ces cours d’eau en canot afin de décrire la géologie de la péninsule. C’était d’une pierre deux coups : ils pouvaient parcourir plusieurs kilomètres de distance rapidement, tout en ayant une vue sur le sous-sol régional!

La Rivière-aux-Émeraudes (qui ne contient pas d’émeraudes – c’est plutôt la couleur de la rivière qui lui donne ce nom) coule sur un lit de roche sédimentaires. Est-ce que cette roche contient des fossiles ?

Qu’en est-il aujourd’hui?

La centaine d’années qui s’est écoulée depuis la parution des ouvrages géologiques décrivant la région, les rivières ont plus ou moins changé. Elles sont toujours au même endroit et nous montrent encore les faciès rocheux de l’époque, quoique l’érosion a pu gruger quelques millimètres de roche. Quoi qu’il en soit, une petite excursion aux abords de la Rivière Bonaventure nous a permis de révéler quelques trésors.

Une coupe transversale d’un corail préservé dans des détails exceptionnels, mais extrêmement fragiles. C’est un corail du genre Favosites.
Un autre corail du genre Favosites, préservé avec des détails étonnants.
Un corail du genre Favosites, préservé dans une matrice de grès.
Un amas de bryozoaires.
De plus près, les bryozoaires.
Sur cette roche somme toute polie par les courants d’eau, à droite on perçoit une bande qui est remplie de fossiles.

Ces roches fossilifères contiennent des organismes marins de toutes sortes : bryozoaires, favosites et coraux cornus sont des exemples de ce qui a été vu, mais d’autres espèces marines sont aussi fort probablement présentes. Ces fossiles proviennent notamment de la Formation rocheuse de La Vieille, qui tire son nom de l’Anse-à-la-Vieille située près de Gascons, à Port-Daniel–Gascons (la découverte et la description de cette formation rocheuse s’est faite à cet endroit, mais la formation rocheuse s’étend jusqu’à New-Richmond). Cette formation contient des fossiles du Silurien et date donc de plus de 400 millions d’années. Il est possible d’apercevoir ces fossiles directement dans les falaises de certains tronçons de la rivière, mais il est aussi possible d’en apercevoir dans les galets qui jonchent la rivière.

À votre prochaine visite au Malin de Bonaventure, à votre prochaine excursion de kayak sous la bannière de CIME Aventures ou lors de votre prochaine promenade dans les sentiers du Domaine des chutes du Ruisseau Creux, nous vous invitons à ouvrir l’oeil – vous pourriez vous aussi tomber sur des trésors anciens!